9 octobre 2014 Films

Saint Laurent

Après le Yves Saint Laurent de Jalil Lespert, sorti en janvier dernier, voici Saint Laurent, le second biopic cette année consacré au grand couturier français. Réalisé par Bertrand Bonello, le film – en lice pour la Palme d’Or 2014 – est centré sur la décennie 1967-1976, l’une des périodes les plus sombres de la vie du styliste disparu en 2008.

Un film de Bertrand Bonello
Sortie en salles en France le 24 septembre 2014

Dans la peau d’Yves Saint Laurent, on retrouve Gaspard Ulliel, très convaincant, mais aussi un invité de marque : Helmut Berger, l’acteur fétiche de Visconti, qui incarne le couturier vieillissant. Quant à Pierre Bergé, il est ici interprété par Jérémie Renier. Léa Seydoux (Loulou de la Falaise), Louis Garrel (Jacques de Bascher), Aymeline Valade (Betty Catroux) et Amira Casar (Anne-Marie Munoz) complètent la distribution bien pensée du film, dont la bande-son, enivrante (on reconnaît bien là Bonello), nous plonge d’emblée dans les années 70…

Gaspard Ulliel dans Saint Laurent de Bertrand Bonello

Gaspard Ulliel dans Saint Laurent de Bertrand Bonello © DR, Europa Corp

Plantant un décor à l’esthétique parfaite et une atmosphère feutrée propice à révéler l’intimité des personnages, Bertrand Bonello, réalisateur entre autres de L’Apollonide, introduit, comme il sait si bien le faire, une angoisse qui submerge progressivement le récit, au rythme des hallucinations de notre protagoniste sous l’effet de la drogue, et ne fait pas l’impasse sur la déchéance du couturier. 

De l’aveu même du réalisateur, le scénario de Saint Laurent répond à une structure tripartite parcourant les étapes clés de la vie du personnage : « La première, qui va jusqu’au défilé 1940, juste avant la fameuse photo où Saint Laurent pose nu, nous l’avons appelée « Le Jeune Homme ». La deuxième, de la photo à la fin de l’histoire avec de Bascher, c’est « La Star ». Et la troisième, 1976, «YSL» : Yves devient une marque, il ne sait plus qui il est… C’est là que le contraste est le plus important entre le haut et le bas. (…) Ces trois parties avaient pour sous-titres « Le Jour », « La nuit » et « Les Limbes ». C’est en 1976 qu’a lieu le saut en 1989, où on découvre Helmut Berger en Saint Laurent : le corps a changé, mais la voix reste celle de Gaspard. »

Si le biopic de Jalil Lespert a reçu l’aval de Pierre Bergé, il n’en est pas de même pour celui de Bonello. L’homme d’affaires et compagnon du styliste décédé était strictement opposé au tournage et n’a pas donné accès aux archives ni robes authentiques de la fondation Bergé Saint Laurent. Il a fallu fabriquer deux collections de haute couture mythiques d’YSL à partir de rien, ou presque. Le film s’est également heurté à quelques problèmes de financement.

Malgré cela, le pari est réussi : l’esprit d’YSL court tout le long du film ; les matières, volumes et couleurs rendent la somptuosité tant attendue des collections, et les ellipses excitent l’imaginaire. Le Saint Laurent de Bonello n’est pas un biopic quelconque : en ne portant pas « tout » à l’écran, en procédant par touches, la figure n’est pas démythifiée ; en se rapprochant de l’affect, en installant les zones d’ombres, Bonello rend hommage à l’humanité complexe et au mystère Saint Laurent.

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