9 juillet 2014 Expos temporaires

L’aphrodisiaque Robert Mapplethorpe

J’ai plongé dans le New York arty des années 1970-80, avec cette large rétrospective consacrée au célèbre photographe américain au Grand Palais. Corps sculpturaux, fleurs aphrodisiaques et figures emblématiques ont ravi mon regard. Parcours à rebours insolite, et non moins initiatique, de l’œuvre en noir et blanc de ce maître de l’esthétique, déjà classé « classique ».

Robert Mapplethorpe
Rétrospective

Au Grand Palais, Paris
Du 26 mars au 13 juillet 2014

À rebours. Comme dans le roman de Huysmans, l’exposition est construite à rebours, pour cet autre dandy de la fin d’un autre monde qu’est Robert Mapplethorpe. Partir de l’autoportrait à la tête de mort, c’est commencer par l’image d’un jeune homme déjà vieux, tragédie de la vie fauchée en plein élan par le sida. C’est aussi marquer la posture fantastique d’un maître du royaume des ombres (la photographie), Orphée qui semble, par-delà la mort, encore (un peu) vivant mais déjà dans la postérité de son œuvre, nous invitant de sa canne satanique à le suivre dans les enfers de son histoire, à la recherche de son désir.

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Fascinée.  Devant l’œuvre de cet artiste obsédé par une quête esthétique de la perfection. Sculpteur dans l’âme et dans l’imagination, sous le signe de Michel-Ange, Mapplethorpe se positionne en héraut d’un idéalisme classique, revu et corrigé dans le New York libertaire des années 70. Explorant les techniques de tirage les plus raffinées, il enrichit sa création de pièces uniques, compositions mixtes, encadrements spéciaux…

Je retiens :

  • La beauté des corps nus et sculpturaux, tout droit issus de l’esthétique de l’Antiquité grecque, dignes d’un Michel-Ange ou d’un Rodin, qui sont d’autant mieux mis en valeur quand ils sont accentués par la différence, entre corps de bronze et sculptures de chair, peaux noir de jais ou laiteuses, géométries et chorégraphies…
  • Les sujets d’inspiration : la religion catholique qui insuffle au photographe le goût pour l’ordre et pour la perfection ; l’univers floral qui apporte une touche de délicatesse et de romantisme à son univers ; les natures mortes et vanités…
  • La liberté de ton dans les sujets mis en lumière : la sexualité, le recours systématique aux modèles à peau noire (Alistair Butler) ; c’est l’avènement de la culture queer…
  • Les artistes dont il s’est entouré : les musiciens Patti Smith (dont il a fait la couverture de l’album Horses en 1975), Iggy Pop, Deborah Harry, Amanda Lear, Grace Jones, Philip Glass ; mais aussi les écrivains William S. Burroughs, Truman Capote ou Edmund White ; en passant par Andy Warhol, Robert Wilson et j’en oublie sûrement !

Entre vie et mort, classicisme et modernité, motifs floraux et sexuels, érotisme soft et hard, autoportraits sous tous les avatars, tout l’art de Mapplethorpe aura résidé dans le flirt entre dilemme et quête d’identité.

Pas d’accord. Avec les critiques qui dénoncent une exposition ringarde, une esthétique dépassée, une œuvre qui aurait mal vieillie, un classique fané… C’est la première fois que je me trouvais face à des photos grand format de Mapplethorpe et j’ai été touchée… J’ai plongé sans résistance dans son univers, été happée par son regard, hypnotisée par les lignes géométriques, aveuglée par les noirs et blancs, amusée par certains clichés érotiques – parfois surprise par ma propre pudeur, curieuse et admirative de découvrir tous ces artistes côtoyés, saisis sur le vif, capturés par la petite boîte noire du photographe. On oublie vite que le mouvement libertaire des seventies n’a pas été si évident à mettre en place ; il fallait de l’audace pour faire fi de la mentalité de l’époque et mettre en lumière des sujets encore tabous : la nudité, l’homosexualité, la peau noire. C’est encore difficile maintenant. Alors, je respecte ces aînés, qui auront été les premiers à mener le combat, à ouvrir la voie que tant d’artistes continuent d’explorer.

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