29 août 2014 Romans

Réparer les vivants

Coup de cœur pour ce récit vital, porteur d’un message essentiel : le don de la vie au seuil de la mort. Au rythme du cœur protagoniste, au fil de l’histoire palpitante à l’écriture épidermique, l’humanité profonde émane de ce roman salvateur. À lire de toute urgence.

Roman de Maylis de Kerangal

Publié en France en janvier 2014
Collection Verticales © Éditions Gallimard

«Le cœur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d’autres provinces, ils filaient vers d’autres corps.»

Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de gestes, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour.

D’emblée, le décor est planté. Mer, surf et liberté. Mort, souffrance et immobilité. Don, transplantation et renaissance. « Limbres », tel est le nom de Simon : sans « air », il voyage dans les limbes… Mais si l’espoir n’est plus pour Simon ni pour ses proches, l’espérance peut naître pour d’autres.

L’écriture de Maylis de Kerangal est surprenante. Moderne, le langage « texto » saute aux yeux ; prolixes, les phrases se tissent et s’enchaînent ; pertinents, les mots sont savamment choisis ; musicale, l’écriture accompagne en thérapeute les âmes endolories – à l’image de Thomas, l’infirmier spécialisé, heureux acquéreur d’un chardonneret.

Une vibration agite ainsi le récit sous la note de l’espoir, comme une pulsation cardiaque qui semble inextinguible. La romancière invente une écriture du sauvetage et invite ses lecteurs à y croire. Si le cœur s’arrête un instant lors de la transplantation, il repart de plus belle dans un autre corps. Une lecture salvatrice, qui touche à l’essentiel : la vie – loin de toute considération sociale, politique ou économique.

Après avoir reçu le Prix Médicis 2010 et le Prix Franz Hessel 2010 pour Naissance d’un pont, et le Prix Landerneau 2012 pour Tangente vers l’est, Maylis de Kerangal a reçu pour Réparer les vivants le Grand Prix RTL – Lire 2014, le Prix du Roman des étudiants 2014 France Culture – Télérama et le Prix Orange du Livre 2014.

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