24 mai 2015 Théâtre

Les Fausses Confidences

Reprise d’une mise en scène excellente de Bondy à l’Odéon, qui avait rencontré un grand succès en 2014. La classieuse Isabelle Huppert en Araminte et le ténébreux Louis Garrel en Dorante ne sont pas pour nous déplaire, autant que le reste de la distribution. L’occasion rêvée de réviser ses classiques en matière de marivaudage.

Texte de Marivaux
Mise en scène de Luc Bondy

Au Théâtre de l’Odéon
Du 15 mai au 27 juin 2015 (reprise)

Avec Isabelle Huppert, Louis Garrel

Les Fausses Confidences de Marivaux, mise en scene de Luc Bondy  © Pascal Victor

Les Fausses Confidences de Marivaux, mise en scène de Luc Bondy : Isabelle Huppert et Louis Garrel © Pascal Victor

Dans Les Fausses Confidences, son ultime pièce écrite en 1737, Marivaux démontre une nouvelle fois comment l’amour irrépressible entre deux êtres peut s’affranchir des conventions et préjugés de l’époque…  Dorante (Louis Garrel en prétendant secret au cœur lourd), jeune homme désargenté, est amoureux fou de la riche veuve Araminte (Isabelle Huppert en étonnante « cougar » aux façons décontractées, expérimentée en amour et surprise de nouveau, libre et timide à la fois) ; aidé par le valet Dubois qui maîtrise le langage à la perfection et a plus d’un tour dans son sac (Yves Jacques), il tente de déjouer les plans de la mère d’Araminte (Bulle Ogier) dont le rêve est de marier sa fille à un aristocrate ; ou encore d’éteindre le feu des ardeurs de Marton (Manon Combes en soubrette amoureuse éperdue de Dorante).

Le secret de Bondy réside dans la mise en scène novatrice du tourbillon de l’amour qui emporte tout sur son passage : le metteur en scène ne s’accroche qu’à une seule vérité, celle de prendre pour argent comptant le coup de foudre qui, dès leur première rencontre, scelle les rapports secrets entre Dorante et Amarinte. L’amour devient alors cette énergie tourbillonnante qui bouscule tous les principes, contamine chacun des protagonistes, en plantant sa graine de folie dans le comportement des  personnages.
Sublime, mise tout d’abord en beauté dans une toilette façon Tai-Chi, puis ceinte de robes blanches et fluides signées Dior, Isabelle Huppert, telle une mariée de conte de fées, nous entraîne dans sa passion, elle qui, stable et tranquille au départ, perd finalement l’équilibre, ne touche plus terre et vacille délicieusement dans le jeu de l’amour.

Dans un décor qui se meut sans cesse, comme si les murs de la demeure eux-mêmes étaient gagnés par cette fièvre qui chez les humains fait chavirer les cœurs, la maison d’Araminte se transforme peu à peu en champ de bataille, au gré des chassés-croisés des confidences, révélations, trahisons, déceptions et renversements de situations.
Démarrant toutes lumières allumées dans la salle, l’intrigue nous conduit, via une cage de scène capable de se transformer en sombre nuit étoilée, vers une image finale où les amants, épuisés par leurs aventures, s’affaissent séparément, et non pas dans les bras l’un de l’autre. Une fin ouverte qui, avec pudeur, se méfie des happy end et laisse à l’imaginaire de chacun le loisir d’imaginer la béatitude finale des amants réunis.

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