19 avril 2015 Romans

L’Enquête

Un homme débarque dans une petite ville. C’est l’Enquêteur, chargé d’élucider une récente vague de suicides au sein de l’Entreprise locale. On ne sait rien de plus de cette Ville, de cet Enquêteur, de cette Entreprise.  Et rien ne se passe comme notre homme l’avait prévu… Avec L’Enquête, Philippe Claudel réussit une fable sombre sur le monde du travail, à la lisière du conte fantastique et du récit kafkaïen.

Roman de Philippe Claudel
Paru en France en septembre 2010 aux Éditions Stock

Philippe Claudel © Francesca Mantovani / Editions Stock

Philippe Claudel © Francesca Mantovani / Editions Stock

Ce roman est une parabole sur l’aliénation d’une société où l’entreprise règne en maître sur la vie des individus jusqu’à les broyer. Les personnages ne sont désignés que par leur fonction (l’Enquêteur, le Policier, le Responsable, etc), tels des machines privées de toute personnalité. Les mésaventures du protagoniste prennent au fur et à mesure une dimension surréaliste invraisemblable, et l’on glisse doucement de la réalité au rêve – ou au pire cauchemar.

Claudel joue sur l’absurde des situations, tout en prenant le parti de ne délivrer explicitement aucune morale. En ancrant son roman dans le monde de l’entreprise, sans donner de réponse, ni désigner de coupable, l’écrivain suggère une réalité qui fait froid dans le dos. Pour mieux confondre un système difficilement attaquable ?

« Vous êtes une sorte de médecin, n’est-ce pas ?
– Pas vraiment…, murmura l’Enquêteur.
– Allez, ne soyez pas si modeste ! » reprit le Responsable […].
« Rappelez-moi le but exact de votre visite ?
– À vrai dire, ce n’est pas vraiment une visite. Je dois enquêter sur les suicides qui ont touché l’Entreprise.
– Les suicides ? Première nouvelle… On me les aura sans doute cachés. Mes collaborateurs savent qu’il ne faut pas me contrarier. Des suicides, pensez donc, si j’avais été au courant, Dieu seul sait ce que j’aurais pu faire ! Des suicides ? »

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