30 juillet 2015 Spectacles de danse

Le flamenco unique d’Israel Galván

Après en avoir tant entendu parler, j’ai enfin découvert avec enchantement le flamenco contemporain et inventif d’Israel Galván. À la veille de partir en vacances, le style graphique et intense de ce danseur affranchi des codes traditionnels m’a insufflé un grand souffle de liberté. Dans ce solo, relevant le défi de danser sans musique, le flamenquiste explore une danse épurée, presque primitive, résolument novatrice.

Solo
Chorégraphie et interprétation d’Israel Galván

Du 28 juillet au 2 août 2015
Dans la cour du Musée national Picasso, Paris

Israel Galván s’avance seul, au milieu de la cour, sans décor ni plancher, du Musée Picasso. Le silence plane parmi le public et les spectateurs aux fenêtres des immeubles voisins. Le danseur s’exécutera sans musique, comme l’avait fait, dans les années 1930, Vicente Escudero, premier flamenquiste d’avant-garde, bien avant que la danse contemporaine ne s’empare de cette idée. C’est dans cette généalogie que s’inscrit Galván, ce “danseur des solitudes” que n’effraie pas l’absence de repères.

Israel Galván dans la cour du Musée Picasso à Paris

Israel Galván dans la cour du Musée Picasso à Paris

Les repères – musicaux, spatiaux – c’est lui seul qui les crée ; le rythme est réglé sur son souffle, ses halètements, la force de ses pieds qui crissent sur les graviers, les battements et frappes que produit le corps humain ; comme effets spéciaux, les éléments naturels présents : les cailloux qui sautent sous ses pas, la poussière qui s’en dégage ; le costume sombre et élégant, les mouvements tranchants allant à l’essentiel, la concentration du visage : ce solo n’a pour sujet que la danse à l’état brut, originel. C’est une nouvelle forme de pureté que Galván cherche à approcher ici : non pas la pureté corsetée des puristes, mais la vérité de soi-même.

De cette danse rude, sans concession, aux contraintes les plus simples, se communiquent le plaisir du danseur, les regards complices et le sourire malicieux  échangés avec le public hypnotisé qui bat le rythme, qui de la tête, qui des mains, qui des pieds. Car grâce à la sobriété ingénieuse de la mise en scène, sa silhouette à la fois aiguisée et svelte, ses mouvements heurtés ou fluides, Galván distille sans doute l’essence la plus délicate et la plus poétique du flamenco, sachant soudain atténuer la fièvre de la danse pour laisser une vague de tendresse envahir le plateau.

« Chacun interprète le flamenco à sa manière et peut en faire quelque chose de nouveau. C’est une des grandes forces de cet art. Pour y parvenir, il faut être en accord avec soi-même mais aussi savoir rompre avec les normes en vigueur, parce que, sinon, on n’est jamais libre, et la beauté du flamenco, c’est justement qu’il n’y a ni livre, ni partition qui oblige à faire ceci ou cela. Chacun est libre. Il faut être pur face à soi-même et impur face à l’histoire passée. » Israel Galván.

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