2 janvier 2016 Films

« JOY », le conte moderne inachevé de David O. Russell

Empruntant pour le titre de son dernier film le prénom de Joy Mangano, inventrice douée partie de rien et devenue milliardaire au pays du rêve américain, David O. Russell signe un biopic imparfait mais ambitieux sur une Cendrillon des temps modernes, avec un casting qui fait mouche dont la lumineuse Jennifer Lawrence.

JOY
Long-métrage de David O. Russel
Sortie en salles en France le 30 décembre 2015

Joy, Cendrillon des temps modernes.
Dur dur de s’appeler « Joy », quand on ne respire pas la joie de vivre. Le quotidien de la susnommé trentenaire est considérablement différent de ses rêves d’enfant : études avortées, famille éclatée, divorce, fins de mois difficiles, responsabilité de deux enfants en bas âge et parents ingérables…
Inspiré d’une histoire vraie, JOY décrit le fascinant et émouvant parcours, sur quarante ans, d’une femme farouchement déterminée à réussir, en dépit de son excentrique et dysfonctionnelle famille, et qui réussit finalement à fonder un empire d’un milliard de dollars.
Au-delà de la femme d’exception, Joy incarne le rêve américain dans cette comédie dramatique, mêlant portrait de famille, trahisons, déraison et sentiments.

Jennifer Lawrence dans JOY

Jennifer Lawrence dans JOY

Un conte imparfait.
Jennifer Lawrence, la muse du cinéaste américain David O. Russell, illumine JOY. Et ce n’est pas peu dire, car malgré un casting d’enfer : Bradley Cooper en producteur irrésistible de télé-shopping, Robert de Niro en père instable, Isabella Rossellini en belle-mère conservatrice… et une histoire à la sauce « rêve américain », peu des excellents ingrédients choisis ne prennent finalement sous la réalisation imparfaite et confuse de celui qui nous avait fait rêver avec Happiness Therapy.
En jeune femme à la vie gâchée, mère luttant contre vents et marées, inventrice en peine de reconnaissance, Jennifer Lawrence brille et transforme avec talent le portrait d’une acculée en celui d’une battante qui s’émancipe et prend sa vie en main. Mais le reste des personnages frôlent la caricature, les relations entre personnages manquent de profondeur, les pistes de scénario fusent, égarent et frustrent le spectateur, laissant un goût amer d’inachevé.
Où veut nous mener Russell ? Est-ce une success story ou une drama story, un portrait de famille ou un tableau de l’Amérique des années 50 ? Le réalisateur accumule les anecdotes et les épreuves vécues par la protagoniste, les bonds dans le temps, l’alternance entre humour et drame tant et si bien qu’il noie le poisson dans l’eau : le rythme est souvent irrégulier et le fil conducteur narratif se perd dans la multitude de détails.

La famille de Joy

La famille de Joy

Une success story désenchantée ?
L’image finale de Joy seule dans son bureau, dans la nouvelle grande maison qu’elle vient d’acheter avec sa fortune, laisse un curieux sentiment de solitude. Certes, elle loge toute sa famille dans ce palace, et quelques amitiés soutiennent Joy : sa meilleure amie et sa grand-mère, ou masculines : son ex-mari et le séduisant producteur d’émission de télé-achat. Mais la porte se referme vite sur eux, évitant toute love story.
La morale de l’histoire est-elle que l’on réussit sans amour et seulement avec détermination ? La seule réussite est-elle le succès matériel ? Ne peut-on compter que sur soi-même pour accomplir et vivre son destin ?
David O. Russell semble suggérer que les Cendrillon des temps modernes ne vivent plus les contes de fée d’antan et que la donne en matière de prince charmant et autres rêves a changé.

Un film divertissant qui saura plaire par son côté success story et son casting alléchant, mais qui n’est manifestement pas le meilleur opus de David O. Russell. Un biopic imparfait, au rythme irrégulier, qui n’approfondit pas assez les caractères des personnages qui entourent Joy, rendant l’histoire quelque peu artificielle. Dommage pour une histoire inspirée de la réalité ! La solitude finale de la protagoniste face à son destin détourne originalement les codes de la parfaite success story.

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