23 mai 2014 Films

Grace de Monaco

Présenté (hors compétition) en ouverture du 67ème Festival de Cannes, le film du réalisateur français Olivier Dahan rencontre depuis sa sortie des critiques dans l’ensemble assez mitigées, soulignant pour la plupart les infidélités du biopic qui refléterait très approximativement l’actualité de l’Histoire et de l’héroïne à l’époque…

Film d’Olivier Dahan
Sortie en salles en France le 14 mai 2014

Avec Nicole Kidman, Tim Roth, Frank Langella, Paz Vega

Visuel du film Grace de Monaco

Visuel du film Grace de Monaco d’Olivier Dahan

Eh bien, à en lire ces critiques, je devrais dire que je suis bon public ! Faisant fi de l’opinion générale, j’ose dire que j’ai plutôt aimé pour ma part cette reconstitution de vie de princesse… Vie en apparence si facile, comme l’exercice – très en vogue en ce moment – du biopic.

Olivier Dahan, à l’image de Grace Kelly, risque un pari fort périlleux : choisir une voie qui est la cible de tous les regards et prendre le risque d’être attendu au tournant. Après La Môme, en choisissant de s’intéresser à la mythique princesse de Monaco, Dahan ne pouvait pas passer inaperçu ; tandis que, après avoir pris pour parti le trône des Grimaldi, Grace s’exposait aux critiques en envisageant, réclamée par Hitchcock, de reprendre sa carrière d’actrice.

De l’icône à la fiction

Avec sensibilité, le réalisateur se penche sur les années charnières de Grace Kelly ; l’équilibre et le charme opèrent à travers les thèmes abordés, de la relation qu’entretiennent le prince Rainier III et la princesse, jusqu’à l’histoire de Monaco aux prises avec la France, en passant par d’autres anecdotes. Mais, ces différentes scènes sont toujours vécues du point de vue de l’héroïne, à tel point que les négociations politiques internationales cèdent le pas sur sur les dilemmes de la jeune femme, Monaco devenant le théâtre d’un drame davantage humain qu’historique.

En s’inspirant d’événements et de personnages réels, Dahan construit un biopic psychologique troublant, jusqu’à inventer une nouvelle Grace de Monaco, révélant la femme derrière la légende.

Trois aspects dramatiques contribuant à l’atmosphère saisissante du film :

1) La façon dont est prédite la mort de Grace Kelly : sans que le scénario remonte jusqu’à cette date, la perspective d’un événement mortel alimente à plusieurs reprises le suspense de la narration. La mort semble rôder dès le début, dans une scène où Grace Kelly, au volant d’une voiture, frôle l’accident ; à chaque apparition publique, les crépitements des flashs des appareils photo sont traités de telle sorte qu’ils paraissent agressifs et inquiétants ; lors du bal caritatif donné par la Croix-Rouge, le discours de Grace est précédé de l’intervention de Maria Callas, sa confidente dans le film, qui délivre un « chant du cygne »…

2) Les choix esthétiques du réalisateur qui canonisent littéralement Grace Kelly et la portent aux nues : c’est à la fois un oiseau frêle, effarouché, sauvage, en proie au manque de confiance en elle et à ses démons – à tel point que je n’ai pu éviter de faire un parallèle avec Black Swan de Darren Aronofsky –  tel un cygne présageant sa chute, demeurant pur, digne et royal jusqu’au bout des ailes.
C’est aussi le portrait d’une sainte au visage d’ange, incapable de faire le moindre mal, simple et peu protocolaire, dont le confident le plus proche est un prêtre, cherchant toujours le droit chemin, sincère et fidèle, prête à l’engagement et au combat ; toujours parée d’habits clairs, voire blancs ; blonde et éblouissante.

3) Les messages existentiels – qui ont pu rebuter certains et faire dire à d’autres que le film était mièvre – traversent le récit jusqu’à se trouver rassemblés dans le discours final de Grace Kelly : la question du choix, de l’engagement ; l’affirmation de soi, le courage d’oser dire, faire et agir autrement ; la problématique de l’apparence, la difficulté de vivre dans une famille royale et de respecter un protocole ; l’appel final à l’amour pour abolir guerres et frontières. Autant de paroles qui résument finalement les défis que Grace de Monaco aura pu relever personnellement au cours de sa princesse de vie.

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