9 février 2014 Romans

Esprit d’hiver

Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant… De main de maître, la romancière américaine Laura Kasischke transforme en cauchemar le décor du quotidien, métaphorisant les rapports conflictuels entre une mère et sa fille adolescente.

Roman de Laura Kasischke

Publié en France en août 2013
Aux Éditions Christian Bourgeois

L’histoire.
Réveillée tard le matin de Noël, Holly se voit assaillie par un sentiment d’angoisse inexplicable. Rien n’est plus comme avant. Le blizzard s’est levé, les invités se décommandent pour le déjeuner traditionnel. Holly se retrouve seule avec sa fille Tatiana, habituellement affectueuse, mais dont le comportement se révèle de plus en plus étrange et inquiétant…

Une inquiétante ritournelle.
Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux… Cette phrase surgit dès les premières lignes, dictée par l’esprit de la narratrice, et se charge de répandre une atmosphère mystérieuse et angoissante, qui augmente au fur et à mesure de l’histoire. Les étapes de l’adoption de Tatiana, 16 ans plus tôt, sont plusieurs fois relatées, ressassées par Holly, qui lutte de moins en moins contre son inconscient, les souvenirs et les pensées jusqu’à présent retenus, et qui désormais la submergent.

Huis-clos.
À travers ce thriller au cordeau, qui scrute et décortique de très près les relations mère-fille, le suspense est alimenté par une chronologie qui se dérègle, des visions de plus en plus confuses, les métamorphoses et disparitions successives de Tatiana, l’apparition de la violence et d’éléments organiques morbides (viande crue, sang, lèvres et peau bleues).

Écriture.
De main de maître, Laura Kasischke transforme en cauchemar le décor du quotidien. Au-delà des rapports conflictuels entre une mère et sa fille adoptive, sont abordés le désir de maternité et l’impossibilité de devenir parent ; l’adoption, la question problématique des origines et du patrimoine génétique camouflés d’enfants adoptés ; le sentiment de culpabilité, les mystères du refoulement, le déni, jusqu’à la folie ; la difficulté éprouvante d’écrire, la douleur terrible de l’enfantement littéraire.

© 2018 Caro dans le métro - Création : SendesaStudio