30 janvier 2015 Romans

Chronique d’hiver

Ce mois-ci, pour prolonger mon merveilleux séjour de Noël à New-York, je me suis glissée avec délice dans la peau de l’américain Paul Auster. Dans Chronique d’hiver, paru en septembre dernier en France mais publié en 2012 aux États-Unis, l’écrivain, qui vit depuis de nombreuses années à Brooklyn, convoque ses souvenirs et dresse un inventaire de tous les lieux qu’il a occupés depuis sa plus tendre enfance – notamment à New York. Autant vous dire que je me suis empressée de lui emboîter le pas, plongeant dans la mémoire et l’univers de ce cher romancier devenu sexagénaire qui réussit le pari d’un subtil autoportrait.

Roman de Paul Auster
Paru en France aux Éditions Actes Sud, collection Babel, en septembre 2014

Paul Auster en première page de couverture de son ouvrage "Chronique d'hiver"© Actes Sud

Paul Auster en première page de couverture de son ouvrage « Chronique d’hiver » © Actes Sud

C’est le journal d’un corps et l’histoire d’une vie, écrite par l’un des plus grands romanciers américains vivants, dans sa soixante-quatrième année. Trente ans après L’Invention de la solitude, Paul Auster pose sur son parcours le regard du sexagénaire qu’il est devenu, en sollicitant la mémoire de son corps, des multiples sensations qui n’ont cessé de l’habiter et de nourrir son imaginaire tout au long de son existence.

On y croise sa femme – la romancière et essayiste Siri Hustvedt rencontrée en 1981, sa fille, sa mère – disparue en 2002 et à laquelle il rend un hommage tendre. Paul Auster dresse un inventaire détaillé de toutes les maisons qu’il a occupées et convoque les souvenirs qui y sont attachés. Il parle des femmes qu’il a aimées, fait le récit de ses crises de panique, raconte les maladies, les accidents comme celui qui, en voiture, a failli coûter la vie de sa femme et de sa fille.

Il y a du Daniel Pennac et du David Grossman dans cette Chronique d’Hiver, qui oscille entre la marche, le corps et la mémoire. Mais c’est aussi la mise à nu d’un auteur au seuil de l’hiver de sa vie. La mort, celle de ses proches, mais aussi la sienne, n’est jamais loin. Il y a aussi du Philip Roth dans ce livre qu’on peut lire comme une émouvante déclaration d’amour, à une mère décédée, et à une épouse elle bien vivante, qui l’accompagne depuis trente ans, l’aidant à vivre, penser et créer.

De cet homme-cicatrice dont le corps exulte ou somatise, de ce fils hanté par le destin chaotique de ses parents, de l’heureux citoyen de Brooklyn, époux et père comblé, de ce fervent citoyen du monde qui n’a cessé de voyager, de ce romancier fécond, de cet homme, enfin, qui souffre de ne pouvoir ou de ne savoir pleurer, le lecteur entendra s’élever la voix profonde, au fil d’un subtil autoportrait qui s’affranchit des règles du récit autobiographique classique, pour mieux inviter à une rencontre aussi intime que sincère sous le signe d’une humanité partagée.

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