2 février 2013 Théâtre

Calme

Pour la quatrième fois, Jean-Louis Martinelli choisit d’aborder une pièce du danois Lars Noren – sa pièce la plus autobiographique. Plongée dans l’univers d’une famille ordinaire qui vole en éclats quand elle tente de résister aux soucis du quotidien.

Texte de Lars Noren
Adaptation et mise en scène de Jean-Louis Martinelli

Théâtre Nanterre-Amandiers
Du 18 janvier au 23 février 2013

Avec Delphine Chuillot, Jean-Pierre Darroussin, Alban Guyon, Christiane Millet, Nicolas Pirson

Situation de crise

Hôtel Standard

Hôtel Standard

L’hôtel restaurant sera bientôt à vendre car Ernst, le père, est criblé de dettes. Il se réfugie dans l’alcool tandis que la maladie a rattrapé sa femme Lena et que les garçons, John et Ingemar,  arrivent à un moment où ils doivent s’échapper de la cellule familiale pour mener leur propre vie.
Il s’agit d’une pièce matrice, qui nous donne un éclairage sur la totalité de l’œuvre « norénienne », avec bon nombre de thèmes déjà présents : le nazisme, la folie, l’inceste, le chômage, etc.

Pourquoi Calme quand la pièce semble dire tout le contraire ?

Jean-Pierre Darroussin joue Ernst

Jean-Pierre Darroussin joue Ernst

J.-L. M. : Calme traite de la façon dont on souhaiterait que chacun puisse vivre avec ses blessures de l’enfance, plus ou moins présentes chez les uns et les autres. En tout cas, avec ce que constitue, même dans une famille aimante, une forme de violence familiale dans les rapports interpersonnels. Ce texte fonctionne vraisemblablement comme un travail d’analyse. C’est-à-dire que le conflit s’exprime dans un premier temps, il se dit, il s’énonce sans passer par un tiers qui serait un psychanalyste. Il s’énonce directement entre les protagonistes et à force de s’énoncer, le réel est accepté. Cela ne veut pas dire qu’il est évacué et que tous vivent en harmonie, il s’agit plutôt d’un monde où le réel est accepté. D’où le calme, puisque chacun sait où l’autre en est, et donc est apaisé. Les choses ont pu se dire, ont pu se formuler, et c’est ainsi que l’acceptation affective de l’autre se fait. Ils finissent par tous s’accepter pour ce qu’ils sont, et ceci hors de la crise. Calme, c’est l’apaisement après la crise, parce que l’énonciation a pu se faire.

Peut-être que cette pièce était nécessaire à Lars Noren pour vivre en paix avec son enfance et son histoire familiale. Outre le fait qu’il ne se place pas du tout en position de victime dans ce tissu familial, il est intéressant de voir la façon avec laquelle un individu passe par une phase difficile d’introspection et d’analyse de sa vie familiale, pour atteindre au calme et à l’autonomie.

Et pour le spectateur ?

Famille standard

Famille standard

J.-L. M. : Sans aucun doute, la pièce convoque chacun dans son histoire familiale, dans un jeu d’allers-retours. Elle ouvre un espace de projection possible dans le trop, dans l’excès. Cela peut presque avoir valeur de tragédie d’une certaine façon, mais avec une forme d’humour noir qui parvient à nous faire rire de nos travers et nos blessures. Cette pièce peut avoir valeur d’analyse, de catharsis même, et nous amener à accepter ces travers et blessures.

Ce n’est pas du tout une œuvre morbide mais une œuvre d’une grande vitalité. Dans la mesure où les personnages parlent, où les mots jouent entre eux, on n’est pas dans une pièce de non communication, on est dans une quête de dire le vrai. Dès lors, c’est tout-à-fait excitant voire stimulant, dans un monde où l’on essaie de nous masquer le vrai en permanence. Cela vaut au-delà de la famille, c’est une position politique aussi, d’essayer de se dire et de dire le monde pour ce qu’il est et sans masque. C’est une position éthique et joyeuse.


Coup de cœur Caro dans le métro : les références dans le texte à Stan Getz et sa musique en rappel à la fin de la pièce.

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