2 décembre 2014 Concerts / Théâtre musical

Ajax / Qu’on me donne un ennemi

Quand se conjuguent un trio de rock, un texte de Heiner Müller et le comédien André Wilms, cela donne un poème noir et palpitant. Une proposition musicale captivante, où il faut faire fi de la compréhension du texte afin de mieux apprécier le rythme et la mélodie du langage.

D’après Ajax, La Libération de Promothée et autres poèmes d’Heiner Müller
Orchestré par Mathieu Bauer (batterie)

Au Nouveau théâtre de Montreuil
Du 2 au 6 décembre 2014

Avec Sylvain Cartigny (guitare), Lazare Boghossian (sampler), André Wilms (voix).

Ajax / Qu'on me donne un ennemi © Pascal GELY

Ajax / Qu’on me donne un ennemi © Pascal GELY

Les lignes suivantes s’inspirent du programme de salle du spectacle distribué au Nouveau théâtre de Montreuil.

Il ne faut pas s’attendre ici à voir une pièce de théâtre, mais plutôt une proposition musicale qui s’apparente à un concert rock de chambre.

Verbe. La tragédie ne revêt pas cette fois une forme ordinaire, le sentiment tragique s’exprime par la parole vive, dense, brûlante de l’urgence de dire. Le comédien André Wilms porte ici avec intensité le verbe vital de Heiner Müller. L’acteur, assis à un pupitre, escorté par les trois musiciens, balance les mots de l’écrivain, en français et en allemand, et les enflamme. Paroles proférées comme dans un concert de rock mais aussi comme dans un concours de slam. Avec un phrasé mi parlé, mi-chanté, il tranche avec précision dans le texte, le hache, le caresse, et le fait résonner dans toutes ses nuances.

Musique. Mathieu Bauer, derrière la batterie, orchestre ce spectacle, entre le concert, la lecture et la poésie sonore. Seuls comptent les rythmes conjugés du verbe et de la musique, et la voix magistrale d’André Wilms. L’osmose en rythme entre les quatre artistes sur le plateau est remarquable.

Propos. Il est question de politique et de l’histoire de l’Europe au XXe siècle qui obsédait le dramaturge et poète, né en 1929 et mort en 1995.
Dans le premier poème, Ajax (1994), véritable kaléidoscope textuel, des bribes de l’histoire de ce guerrier devenu fou s’entrechoquent avec une description du paysage de Berlin-Est et des bribes d’émissions télé.
L’éclairage de la tragédie grecque classique est encore plus présent dans la seconde partie. La libération de Prométhée donne une vision hallucinatoire de la damnation du héros qui offrit le feu aux Hommes. Les langues française et allemande se percutent pour dire la pensée énergique de Müller, charnelle, rageuse, mélancolique aussi.

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